Danser la Vie

Danser la Vie

● Chorégraphie

Chorégraphie
par M. HANCOX (traduction J.L. VIALA)
Bulletin AMDF n° 231 (Janv 1984) (01/01/1984)

 

... Sans aucun doute l'un des pires aspects de la danse actuelle réside dans le fait que tellement de couples - la majorité, à mon avis - dansent des routines établies de façon absolue. Et le plus souvent ils ne sont pas capables de danser autre chose ! Beaucoup de couples viennent à moi pour ce que j'appelle des leçons d'opinion et de critique et ils se lancent aussitôt dans leurs séquences. Si je les arrête pour leur demander de danser de la base, la plupart ne savent pas. Le tour à l'envers du foxtrot est pour eux une chose inconnue. Certains tentent un quick open reverse, d'autres ne savent que faire. A la question de savoir s'ils s'écartent jamais de leurs routines, presque tous répondent par la négative.

Il y a plusieurs façons de considérer ce problème, mais aucune ne présente un jour favorable. Tout d'abord, quand notre danse à commencé à se développer, la plus grande joie qu'elle apportait était cette liberté par rapport à la tyrannie et à l'ennui de la danse de "séquence". I1 était agréable de pouvoir adapter la danse aux désirs ou moment : d'utiliser son imagination et ses sentiments pour accorder les figures à la musique et à la place disponible. Inévitablement, la danse évoluant a présenté des figures toujours plus élaborées, des variations plus complexes et difficiles, mais personne ne ressentait encore le besoin de routines précises.

Ce besoin ne se fait pas plus sentir aujourd'hui : les groupes sont plus longs et offrent plus de complications d'un certaine façon mais il reste - ou devrait toujours rester - la possibilité et la compétence de les enchaîner selon les
nécessités de l'instant et de les modifier en cas d'urgence. Si vous, avez cinq longs groupes dans une danse, il semble raisonnable de supposer que vous devez être capables de "meubler" de façon adéquate entre ces groupes pour faire face aux exigences stratégiques de la situation.

Je pense pour ma part que l'un des facteurs qui sont la cause déplorable état de fait réside dans le fait que la plupart des compétiteurs ne dansent jamais avec d'autres partenaires que les leurs, aussi n'apprennent-ils pas à guider ni à suivre. J'ai entendu parler l'autre jour d'un professeur éminent qui a tenté de danser avec une compétitrice bien connue et qui a dû revenir au micro de la soirée qu'il organisait, très contrarié parce qu'elle ne savait tout bonnement pas le suivre ! Nous vivons souvent cette expérience avec les nouveaux élèves : ils semblent être de très bons danseurs, aussi tente-t-on de danser des éléments de base d'une valse par exemple avec la cavalière, essayant un simple tour à l'envers et elle plonge alors dans un fallaway car c'est là la première figure de se danse de couple, que vous le croyiez ou non !

La routine établie n'est pas seulement indésirable aux plans esthétique et technique, elle entraîne le chaos sur une piste de compétition. Chaque couple doit exécuter son numéro, sans option de rechange, sans souplesse dans leurs possibilités, et l'art de la piste disparaît. On les voit faire une course d'obstacles autour de la piste, oublieux de tout sinon de l'exécution de leurs petits tours savants, sans considération pour les autres et pour citer le regretté W.0 FIELDS* "se taillant un chemin à travers un mur de chair humaine". Ils sont dans l'impossibilité totale de modifier leur trajectoire. Juger même est devenu dangereux ; nous devrons bientôt demander d'être protégés d'une façon ou d'une autre : une petite barrière derrière laquelle se tenir, ou l'équipement rembourré d'un joueur de football américain ! Du fait que je suis habituellement président des juges, je me tiens devant la scène, et bien rare est le jour où je ne suis pas heurté, bousculé ou piétiné au moins sept à huit fois. Quel genre de danseurs est-ce là qui ne peuvent évaluer leur déplacement deux mètres à l'avance ?

La seule et unique excuse pour une routine absolument établie est dans le cas du démonstrateur professionnel qui choisit se musique en accord avec sa conception esthétique de la danse concernée et désire transmettre à travers son exhibition toutes les nuances et les accents qui la composent. Mais j'aurais une bien piètre opinion de son professionnalisme s'il était incapble de s'adapter en compétition. J'entends dire qu'un entraîneur très connu préconise que les amateurs phrasent leurs danses. Je le déplore : phraser dans ce sens signifie un retour à la routine stricte, et dans tous les cas phraser dans le vrai sens musical ne serait possible que sur un morceau de musique bien spécifique. Imaginez comme il est étrange de voir tous les couples plonger au sol dès l'ouverture dans le paso-doble alors que le morceau n'est pas "Spanish Gypsy" et la phrase musicale est tout autre !

Les amateurs ne sont pas seulement à blâmer dans le non-usage de l'art de la piste. J'ai souvenance d'une finale professionnelle importante au cours de laquelle un des tout meilleurs couples a traversé toute la piste en diagonale, allant d'un coin à l'autre renverser un autre couple qui n'en pouvait mais avec une telle force que le dit couple et un juge ont fini assis dans les bacs à fleurs ornant le devant de la scène. J'étais juge à cette soirée et en quittant la piste je passai devant la table de l'éminent personnage qui rendait compte de la compétition dans la presse. Il murmura : " A quelle place l'avez-vous mis ?"
je répondis "sixième". "C'est par Dieu sacrément mérité" dit-il. Aussi attention : vos fautes peuvent vous poursuivre.

* Célèbre comique américain.

 

 



21/08/2013

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