Danser la Vie

Danser la Vie

● Daniel SIMEONE, Président de la FFRA

Daniel SIMEONE, Président de la FFRA
Interview
de Raphaël L'ARCHANGE
Danses Tempo n° 4 - Sept-Oct 1990 (01/09/1990)

 

Lyonnais de quarante ans, il préside depuis quelques mois aux destinées de la Fédération Française de Rock Acrobatique. II confie à notre reporter le programme qu'il a entrepris pour développer la discipline. L'homme est dynamique ; il lui faudra balayer bien des réticences.

DANSES TEMPO : Parlons un peu de l'homme. Qui est Daniel Simeone ? Sportif, danseur, professeur de danse...

DANIEL SIMEONE : C'est certainement par le sportif qu'il faut commencer. Mon père était professeur de danse et footballeur. Mon frère Alain a très vite repris le flambeau et à dix-sept ans il faisait des compétitions de danse sportive. Moi, je rêvais d'être footballeur professionnel. Puis en revenant du service militaire, je me suis mis à la danse. Toutes les formes de la danse : danse sportive, rock acrobatique bien sûr, claquettes, jazz. J'ai atteint un niveau international en danse sportive. A l'époque, j'allais à l'école de danse de Madame Pelletier, école qu'elle avait reprise après le très connu Lucien David, celui qui a "importé" les danses latines en France. Puis il y a douze ans, j'ai monté mon école, dans cette région où je suis né.

DANSES TEMPO : Peux-tu dire quelques mots sur l'homme que tu as remplacé à la tête de la FFRA ?

DANIEL SIMEONE : Bernard Brunerie a toujours très bien fait son travail de Président de la FFRA quand il la dirigeait. Il a toujours pris à coeur les intérêts de la Fédération. Depuis quelques temps cependant, nos avis divergent sur certains points.

DANSES TEMPO : Tu as été élu Président de la FFRA sur un programme détaillé. Peux-tu expliquer la philosophie de ce programme ?

DANIEL SIMEONE : Mon programme s'articule autour de deux actions principales. D'abord structurer le mouvement national Rock aussi bien au niveau amateur que professionnel. Ensuite, donner à la Fédération les moyens de réaliser les objectifs ambitieux que je lui propose.

DANSES TEMPO : Examinons ces objectifs.

DANIEL SIMEONE : En ce qui concerne le Rock amateur, je souhaite redonner à la France une stature internationale qu'elle avait perdue. On peut déjà sentir les effets de la politique que je mène à la FFRA. Mickaêl et Dorothée sont vainqueurs de la Coupe du Monde. En Yougoslavie, à la Coupe du Monde, il y avait deux couples français sur le podium, trois en finale et quatre dans les huit premiers : un record historique pour la France ! Les juniors français sont les premiers en Europe, et même dans le Monde. Le rôle de la Fédération est de révéler ces jeunes talents, de conditionner, d'aider les danseurs pour s'exprimer à un tel niveau. L'action de la Fédération est d'assurer le meilleur encadrement de ces couples et de les aider financièrement lors de leurs déplacements à l'étranger. Je constate que cette action commence déjà à porter ces fruits.

DANSES TEMPO : Et au niveau du Rock professionnel, quels objectifs sont inscrits à ton programme ?

DANIEL SIMEONE : Donner une existence et une crédibilité à la profession. J'avais constaté un vide de structures professionnelles. Je m'efforce de combler ce vide. Mon but est de nous rattacher à l'AMDF (Académie des Maîtres de Danse de France) qui est une structure ancienne et crédible des professionnels de la danse dans le domaine des danses de style. Je cherche actuellement à obtenir de cet organisme les garanties nécessaires d'indépendance et de représentativité des professionnels du Rock. Nous avons d'ores et déjà défini ensemble des statuts généraux et un calendrier pour concrétiser ce rapprochement.

DANSES TEMPO : Et en pratique, quel bénéfice les professionnels tireront-ils de l'aliénation de l'AMDF ?

DANIEL SIMEONE : Les professionnels du Rock bénéficieront immédiatement des structures de 1'AMDF. On peut par exemple envisager de créer un diplôme de professeur de danse Rock au sein de 1'AMDF, selon un schéma parallèle aux diplômes existant à l'AMDF en danse sportive.

DANSES TEMPO : Cela signifie-t-il que les professionnels aujourd'hui en exercice devront passer ces diplômes ?

DANIEL SIMEONE : Je crois qu'il est impératifs que l'enseignement de la danse repose sur des bases solides, notamment du point de vue de la pédagogie. Mais on peut imaginer bien sûr un système de dispense ou d'équivalence.

DANSES TEMPO : Ne peut-on craindre que la formation à ce diplôme soit longue, coûteuse et difficile ? Ce nouveau système ne risque-t-il pas de décourager les candidats et ainsi de freiner le développement de la discipline, de retarder ou d'empêcher l'ouverture de nouvelles écoles, notamment dans les régions les plus démunies ? Même les meilleurs systèmes peuvent avoir des effets pervers.

DANIEL SIMEONE : Je crois qu'il faut que ces diplômes et la formation à ces diplômes se généralisent pour d'une part garantir une bonne qualité d'enseignement de la danse et d'autre part diminuer les prix de la formation aux diplômes. Mon but est de redonner à cette profession de professeur de danse ses lettres de noblesse, qu'elle a perdues voici vingt-cinq ans. Pour lui redonner son image de marque, il faut des bases solides en ce qui concerne l'enseignement de la danse. Il n'y avait jusqu'à présent aucune barrière législative pour s'installer professeur de Rock. Je souhaite au contraire que pour le Rock soit promulguée une loi identique à celle des autres formes de la danse, classique, jazz, moderne (voir Danses Tempo n° 1 ; n.d.l.r.). De plus, cette formation des enseignants de la danse doit s'assortir d'une formation des entraîneurs de la danse. Je songe à un diplôme genre Brevet d'Etat d'entraîneur sportif, tel qu'il en existe pour d'autres sports. De nombreux clubs sont dirigés par des bénévoles qui auraient intérêt à l'existence de ce diplôme. Là encore, j'insiste sur la nécessité de donner des bases pédagogiques solides aux entraîneurs de club.

DANSES TEMPO : Pour continuer à me faire l'avocat du diable, ne peut-on pas poser pour le diplôme d'entraîneur les mêmes questions que pour le diplôme de professeur ? Ne peut-on craindre que ceci freine le développement de nouveaux clubs ?

DANIEL SIMEONE : Peut-être, mais je suis persuadé que la mise en place de ce diplôme augmentera le nombre de licenciés. En effet, je crois que ces dispositions sont susceptibles d'assurer une élite très crédible de sportifs de haut niveau qui entraînera à sa suite un plus grand nombre de licenciés.

DANSES TEMPO : Rencontres-tu des réticences dressées contre ces propositions ?

DANIEL SIMEONE : Je constate que les gens sont vraiment tournés vers l'avenir. Auparavant, beaucoup raisonnaient en fonction de ce qu'ils avaient connu il y a vingt ans. Maintenant, les mêmes préfèrent travailler sur ce qu'il faudra qu'il y ait dans dix ans. C'est un pas de géant !

DANSES TEMPO : Toutes ces propositions doivent déboucher sur des accords avec les pouvoirs publics. Où en est-tu des négociations ?

DANIEL SIMEONE : En ce qui concerne l'aspect professionnel de l'enseignement de la danse, l'AMDF négocie avec le Ministère de la Culture, mais je ne souhaite pas en dire plus. Pour l'aspect amateur sportif, les pouvoirs publics, c'est-à-dire le Ministère des Sports, ont pour l'instant donné délégation de pouvoir à un organisme que je considère comme non représentatif et dont je ne veux pas citer le nom pour ne pas lui faire de publicité. Nous proposons quant à nous d'autres alternatives : ainsi la FFRA et la FFDAS (Fédération Française de Danse Artistique et Sportive) pourraient se regrouper en la FFSD (Fédération Française des Sports de Danse) pour constituer un interlocuteur valable aux yeux du Ministère des Sports. Nous travaillons beaucoup sur ces idées actuellement.

DANSES TEMPO : Beaucoup de travail en perspective : tu ne dois pas chômer ! Peux-tu me parler un peu de la position de la FFRA envers la WRRC (World Rock'n Roll Confederation) et l'IDO (International Danse Organisation) ?

DANIEL SIMEONE : La WRRC est pour moi l'organe suprême pour l'organisation des compétitions internationales. L'IDO est l'interlocuteur en ce qui concerne le Danse Show et le Boogie. A mon sens, il est souhaitable que la WRRC et l'IDO se rapprochent. A mon avis, c'est même inévitable. Je crois vraiment au "salut par le rapprochement".

DANSES TEMPO : Pour revenir à la danse, quel avenir vois-tu pour les sous fédérations de la FFRA, c'est-à-dire l'AFDA, la FFDS et la FFDAJ ?

DANIEL SIMEONE : Historiquement, ces fédérations regroupaient des gens de même sensibilité, de même affinité. Elles ont joué, et continuent de jouer un rôle tampon entre les compétitions de sélection au championnat de France et le championnat de france lui-même. De manière pratique, on ne pourrait pas organiser des championnats avec quatre cents couples. Ces sous-fédérations jouent donc un rôle important en l'absence d'une structure régionale (sous forme par exemple de ligues régionales qui organiseraient localement les championnats de sélection au championnat de France). L'un des problèmes pour la création de cette structure en ligues régionales est la géographie inégale du mouvement Rock à travers les régions. Certaines comme la région lyonnaise sont très dynamiques, alors que d'autres sont presque désertes.

DANSES TEMPO : A ce propos, il existe dans les modalités de la sélection au championnat de France à l'AFDA certaines dispositions qui sont de nature à défavoriser l'expansion géographique du Rock Je veux parler du système de sélection « à points » dans les catégories adultes (catégorie internationale exceptée). Pour profiter de ce système, il faut faire un maximum de compétitions. Comme celles-ci sont principalement organisées dans la région de la vallée du Rhône, les provinces éloignées semblent défavorisées. On aboutit à un système où l'argent joue un rôle significatif.

DANIEL SIMEONE : Nous avons réfléchi sur cette question et la Commission Technique a effectivement à l'étude une refonte de ce système de sélection. Le nouveau système comprendrait trois ou quatre championnats dits "sélectifs" pour la sélection au championnat de France. Mais pour éviter que les compétiteurs boudent les autres compétitions, il y aurait obligation d'effectuer dans l'année sept ou huit championnats. Ce système nouveau doit bien entendu être assorti de la création de nombreux championnats un peu partout en France pour donner la même chance à tous les compétiteurs de France.

DANSES TEMPO : Revenons justement à l'organisation des championnats en France. A Danses Tempo, nous avons noté une amélioration sensible de la qualité d'organisation de ces championnats et dans l'ensemble la qualité est tout à fait bonne. Il en reste malheureusement certains qui ont encore quelques imperfections, comme de se terminer trop tard dans la nuit. Qu'en penses-tu ?

DANIEL SIMEONE : Il est exact que certains championnats ont manqué de professionnalisme dans leur organisation. Pour éviter cela, nous avons finalisé un règlement intérieur sur les droits et les devoirs des organisateurs de championnats, ainsi que sur les droits et devoirs des compétiteurs. Ce règlement est très précis et devrait définitivement éliminer les problèmes.

DANSES TEMPO : Le public qui assiste souvent aux championnats de Rock Acrobatique a parfois la surprise de constater au jugement des finales des compétitions que certains couples se voient attribuer en même temps les places 1 et 7 par les différents juges. Certains compétiteurs se sentent perplexes devant cette notation très dispersée. Pire, le public siffle, ce qui est une attitude tout à fait regrettable. Attitude irrévérencieuse envers les juges qu'il faut certes fermement condamner mais qui impose néanmoins des explications.

DANIEL SIMEONE : Je voudrais affirmer cette force que la crédibilité des juges passe par le respect des jugements. Quant au problème que tu évoques, j'y apporterais deux réponses. D'abord, si ces écarts me semblent difficilement admissibles pour la notation des acrobaties, car les critères sont très stricts, de tels écarts de notation ne me surprennent nullement pour les catégories qui s'opposent sur le jeu de jambes uniquement, notamment les catégories enfant. En effet, juger une chorégraphie fait appel essentiellement à la sensibilité du juge. Le jugement est dont très subjectif. Ma seconde réponse concerne l'application du "skating system" pour la détermination des places. Ce système est fait pour répondre au problème que tu soulèves. Ainsi, pour déterminer quel sera le premier, on compte le nombre de places de 1 obtenues par les couples. Si cela ne suffit pas à départager les couples, on compte le nombre de places entre 1 et 2. Puis entre 1 et 3, etc. Grâce à ce système, ce sont les meilleures places qui comptent, et un 7 donné par un seul juge ne compte pas devant les places de 1 données par les autres juges. Je crois qu'il faut que le public, et notamment les parents des jeunes compétiteurs, connaisse mieux ce système qui me semble avoir beaucoup de qualités.

DANSES TEMPO : Puisque tu parles de parents, je voudrais te confier une idée qui a germé à Danses Tempo à l'occasion des compétitions de Danse Rétro. Pourquoi ne pas organiser des championnats de Rock pour adultes plus âgés et même beaucoup plus âgés, un championnat "senior" et un championnat "vétéran" ? Quand on sait que les champions de France sont tout juste majeurs, il y a de quoi décourager les "vieux" de plus de trente ans de faire de la compétition dans les catégories adultes ! Il y a encore certainement beaucoup d'adultes qui voudraient se faire plaisir en "staff" ou "betarini" sans se faire ridiculiser par Mickaël et Dorothée ! Ou d'autres plus âgés qui feraient volontiers un "petit plongeon" et du jeu de jambes sans avoir à se frotter à des compétiteurs de quinze ans qui ne connaissent pas la fatigue.

DANIEL SIMEONE
: C'est certainement une excellente proposition et la Fédération a quelques idées qu'elle va très prochainement développer.

DANSES TEMPO : Pour conclure, pourrais-tu donner ton message personnel à tous les danseurs de rock ?


DANIEL SIMEONE : J'adore tellement la danse que je voudrais que ne reste plus que cette image d'amour de la danse, que resplendisse la joie de danser sur le visage des danseurs. Je crois qu'il faut préparer psychologiquement les couples différemment : leur donner plus l'envie de danser que de gagner. Leur dire qu'on ne gagne qu'avec la passion de la danse. Mon espoir est très vif quand je vois actuellement l'esprit excellent qui règne actuellement en catégorie internationale. Ces jeunes sont tous au top niveau et pourtant ils ont entre eux un bon esprit, sincère.

 

 



21/08/2013

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