Danser la Vie

Danser la Vie

● Amateurs et Professionnels ?

Amateurs et Professionnels ?
par Roger DOLLEANS
Danses Tempo n° 8 - Sept-Oct 1991 (01/09/1991)

 

EVOLUTIONS DES IDEES

Dans le n° 1175 du 3 janvier 1991 de DANCE NEWS, Bryan Allen, dans deux rubriques différentes évoque le sujet à l'ordre du jour : il est intéressant de connaître l'opinion d'un grand professionnel anglais à ce sujet. Dans sa rubrique hebdomadaire "Instep" il parle des perspectives de 1991.

"J'ai la nette impression que 1991 va être l'une des plus importantes années que nous aurons eues depuis longtemps. Il semble certain que nous allons voir des changements dans les rapports entre Amateurs et Professionnels. Le conflit assuré peut être évité si nous sommes préparés à laisser de côté notre intérêt personnel immédiat et à envisager l'intérêt général. Je suis sûr que tous les gens conscients veulent voir un échange de propos honnêtes, une compré¬hension des points de vue et des aspirations réciproques. Si les organisations trouvent difficile de parler ensemble, alors elles devront essayer de trouver quelqu'un qui pourra parler à chacune d'elles. Il n'y a aucun doute que pour faire quelque progrès constructif que ce soit, nous devons parler ensemble".

En outre, Dance News a jugé utile de republier un article de Bryan Allen publié une première fois dans le "Ballroom Dancing Time" d'octobre 1990 et intitulé "Enseigner ou ne pas enseigner ?" et dont voici un large extrait :

"Il semble qu'il y ait un problème croissant concernant le statut de couples qui actuellement souhaitent être connus en tant que "professionnels". Les danseurs concernés sont en général d'anciens compétiteurs qui ont pris part à des organisations "amateurs" et certains ont dansé en "seniors". Leur volonté de poursuivre leur travail pour la compétition peut se comprendre facilement et mérite nos encouragements. Les problèmes viennent toutefois du fait que nous n'avons aucune définition admise par tout le monde pour le terme "professionnel".

La signification du mot "amateur" présente des problèmes identiques, car, en danse, beaucoup de gens qui sont connus comme "amateurs" gagnent beaucoup d'argent grâce à la danse, alors que de nombreuses personnes connues comme "professionnels" n'en gagnent que peu, voir pas du tout.

En se servant du "Oxford Dictionary" comme guide, nous lisons qu'un "professionnel" est "membre", "en relation avec", "une profession", "jouant pour de l'argent". Il y a peu de choses dans ceci pour nous aider, et rien que nous puissions utiliser pour affermir notre réflexion sur le sujet. Dans le monde d'aujourd'hui, la frontière est tellement difficile à trouver.

Les groupements de tutelle dans les nations du monde de la danse ont posé leurs définitions des deux statuts, "amateur" et "professionnel", mais il y a souvent une différence entre eux, et il y a une énorme différence entre pays dans ces deux mots et chacun d'eux. Là est le vrai problème.

Certains pays ont une situation enviable, car le statut des "professeurs de danse", appelons les "professionnels", y est reconnu par l'Etat. Là où il en est ainsi, le gouvernement insiste avec raison sur l'observation de certaines règles. Ces règles ont l'accord des organisations professionnelles de ce pays, et il faut les accepter.

Au Royaume-Uni, nous acceptons que le simple fait de dire que vous souhaitez être connu comme danseur professionnel vous en confère le statut. Ce qui fait qu'en payant un simple droit d'inscription à la BDF, les couples sont autorisés à concourir dans les compétitions pour professionnels.

L'opinion est que les compétitions et championnats professionnels open devraient être de même, ouverts à tous les danseurs professionnels, et que toute interdiction à l'encontre d'un couple qui veut danser en professionnel est totalement sans raison. Les Open, est-il demandé, devraient être ainsi, ouverts à n'importe quel danseur professionnel. Nous devons, toutefois, voir l'autre côté des choses. Pour rendre possible une telle situation, nous devrions ôter toutes les contraintes. Même l'exigence minimum d'adhésion à la BDF, par exemple, devrait être supprimée. Pas de barrières, pas de contrôles, pas de sanctions, pas de règles. Ce ne peut pas être ça qui est demandé.

Avoir une classification "compétiteur professionnel" est, à mon avis, impossible, car ceci ne résoudrait pas le problème posé par certains couples. Ces "compétiteurs professionnels" seraient ceux qui souhaitent seulement concourir en compétition professionnelle. Est-ce que ces couples renonceraient à enseigner ? Naturellement non ! Ils veulent être compétiteurs professionnels, mais ils veulent aussi enseigner et démontrer. S'ils veulent enseigner, alors, il est normal et approprié d'attendre d'eux qu'ils soient correctement entraînés, et qu'ils deviennent qualifiés, pour ce faire. Ceux qui cherchent à porter leurs performances à un plus haut niveau ne contesteront sans doute pas que le côté "enseignement" doit être encouragé si nous souhaitons voir le statut de la Danse promotionné par une reconnaissance gouvernementale.

Tout ceci est de peu d'intérêt pour redresser la situation dans laquelle sont placés quelques couples. Je n'ai pas de réponse à leur offrir bien que j'aie pu donner des conseils à un ou deux couples qui se sont trouvés confrontés à ces problèmes.

Peut-être le seul moyen d'avancer est de supprimer toute distinction entre les statuts des danseurs de compétition Amateurs et Professionnels, et de rendre les compétitions réellement "open".

Alors nous n'aurions plus qu'à définir ce que les "danseurs de compétition" peuvent, ou ne peuvent pas, faire, en ce qui concerne l'enseignement, les démonstrations et le jugement. Nous aurions aussi à nous débarrasser d'un jeu de règlements, à le remplacer par un autre, et à obtenir un accord mondial sur la classification en :
- amateurs,
- professionnels
- danseurs de compétition.

Dans le N° 1178 de Dance News, daté du 24 janvier 1991, Bryan Allen revient sur le sujet, il écrit notamment :

"Cette semaine, tous les meilleurs couples du monde danseront à Bournemouth aux "Pioneer" 1991
United Kingdom Championships. Certains seront professionnels, quelques autres seront professionnels à temps partiel, certains seront amateurs °professionnels, et certains amateurs à temps partiel. Tout dépend de comment on comprend les termes "amateurs" et "professionnels". Notez que je ne dis pas comment les mots sont définis, car il n'y a pas à ce sujet d'accord général qui soit facile à accepter à travers le monde. La seule chose qui soit tout à fait sûre, toutefois, est qu'ils seront tous des danseurs de compétition de première classe, et on leur souhaite tous bonne chance !"

A l'heure où les Fédérations Internationales se livrent à des "escarmouches", pour ne pas dire plus, en vue de l'accession de l'une d'entre elles au Comité International Olympique, il semble bon de réfléchir longuement et posément aux propos de "Bryan Allen".

De même, en relisant ces propos, on pourra se reposer la question du bien-fondé de la division "manichéenne" du monde de la danse de compétition en deux fédérations mondiales, l'une excluant les "amateurs", l'autre excluant "les professionnels".

Enfin, puisque nous sommes en France, qu'il nous soit permis de regretter que la gestion de la danse française soit largement conditionnée par cette division et ces exclusives.

 

 



21/08/2013

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour