Danser la Vie

Danser la Vie

● La musique latine, origine de la danse

La musique latine, origine de la danse
par Walter LAIRD (traduction J.L. VIALA)
Bulletin AMDF n° 221 (Juillet 1981) - Dance News (01-07-1981)

 

L'utilisation des bras et des mains dans les danses latines est bien mal comprise. Des mouvements de bras et de mains incorrects entraînent souvent un mauvais équilibre, tandis que des bras raides résulteront en une danse qui semblera rigide et hérissée de pointes. Le spectateur est trop souvent conscient d'une forêt de bras pointant vers le ciel, tels les rameaux désolés d'arbres morts - critique formulée par Lyndon Wainwright dans le numéro du mois dernier -.

Lignes Latines :

On entend souvent faire référence aux « lignes latines », « lignes modernes en latines », ou « nouvelles tendances de lignes en latines ». Tous ces termes sont impropres, du fait que les bons danseurs ne forment pratiquement jamais une ligne en Latines - excepté, peut-être en Paso Doble.

On peut rapprocher le corps humain bougeant au rythme d'une musique des actions produites par un cheval en mouvement, magnifique spectacle. Il n'y a qu'à étudier n'importe quel film d'un cheval en action et il est immédiatement évident que chaque partie de l'animal est en mouvement continu.

Comparez cet effet avec celui d'un oiseau en vol - autre spectacle gracieux et magnifique. L'oiseau utilisera ses ailes pour créer un mouvement en avant, puis les tiendra immobiles pour planer alors sans effort ; le danseur ne peut imiter une telle action sur la piste, mais le patineur peut le reproduire sur la glace. Ceci est une différence fondamentale entre les danses latines et le patinage, considérés tous deux comme des méthodes d'interprétation de la musique par l'intermédiaire de mouvements corporels.

Le développement naturel de mouvement sur la glace est de créer une progression en avant puis d'utiliser l'élan obtenu pour créer et tenir des lignes du corps pendant que le mouvement continue. En ceci réside beaucoup de l'attrait de la danse sur glace.

Sur la piste de danse, une fois qu'une ligne a été créée, tout mouvement cesse et la ligne devient statique. Il n'est possible d'exprimer ni rythme ni mouvement en position statique, excepté bien sûr, quand le danseur tourne en maintenant la ligne comme le fait, par exemple le garçon dans la variation « horse and cart ».

L'art de l'expression et du rythme :

L'expression et l'interprétation de la musique et du rythme, c'est l'art de savoir utiliser chaque partie du corps, particulièrement les bras et les mains, pour exprimer chaque temps de musique et chaque partie de chaque temps disponible.

Les bras deviennent alors une ramification du corps et la forme requise est produite… et tout aussitôt perdue, tandis que commencent déjà les actions nécessaires à la forme suivante. Tous ceux qui ont essayé de prendre une bonne photographie d'un couple très rythmique sauront combien cela est difficile : le photographe n'a qu'une fraction de seconde pour capturer les belles formes que dessinent de tels danseurs.

L'un des secrets pour une bonne utilisation des bras et des mains est de les garder constamment en mouvement, en harmonie avec le rythme de la danse en cours. La vitesse à laquelle les bras et les mains bougent et les formes créées dépendront, bien évidemment du caractère et du rythme de la danse.

Quand les mouvements de bras et de mains sont correctement synchronisés avec la musique et que les actions utilisées sont en harmonie avec la danse, le spectateur ne sera pas conscient de bras et de mains : ils seront partie intégrante et naturel du tableau général créé par le corps, la tête, les jambes et les pieds.

Une utilisation expressive et rythmique des bras et des mains est difficile à maîtriser mais le temps que l'on y passera se sera pas perdu et le résultat au bout du compte sera un pas de plus vers l'accomplissement d'une danse de qualité.

La musique :

D'autres critiques faites par Lyndon concernaient le manque d'harmonie avec la musique, manque sensible chez quelques uns, mêmes de nos meilleurs couples de Latines, tant Amateurs que Professionnels, et la prédominance de mouvements de type Disco dans la plupart des danses. Ces critiques sont très fondées.

Nous devons nous demander pourquoi des danseurs de talent ont une tendance à ne pas pouvoir produire une danse rythmique, Il faut sûrement chercher la réponse dans la musique qui est jouée pour eux lors de leurs leçons, séances de pratique et compétitions.

La musique est « mère et père » de toute forme de danse. La danse n'existerait pas sans la musique, Toute authenticité sera perdue si la musique utilisée pour des danses spécifiques n'incite pas à une interprétation personnifiant une caractérisation correcte.

De même, si chaque danse n'est pas jouée au tempo sur lequel est basée la technique, le caractère de la danse changera inconsciemment par les danseurs pour s'adapter à ce qui est virtuellement une danse différente. Une valse jouée à 32 m/mn est tout à fait différente d'une valse jouée à 60 m/mn. De même, une rumba jouée à 29 m/mn devient naturellement une rumba carrée si elle est jouée à 48 m/mn.

Le mauvais rythme et la mauvaise technique que l'on voit sur les pistes au cours de compétitions de nos jours peuvent être pour beaucoup imputés à une musique qui n'est pas satisfaisante, musique trop souvent incorrectement accentuée et jouée à un tempo incorrect.

La musique est un grand niveleur en danse de compétition. Quand elle est mauvaise, les danseurs mécaniques en sont très peu affectés, tandis que la prestation des bons danseurs est considérablement perturbée. Le fossé entre bons et mauvais danseurs est en conséquence réduit et le résultat en est un niveau général médiocre.

Une musique spécialisée :

Il y a vingt ans de ça, chaque championnat de Latines de quelque importance, faisait appel à un orchestre qui était spécialisé dans les rythmes Latines-Américaines. Où est-elle l'époque où Edmundo Ros et son Orchestre était employé par Pierre pour les Championnats de Grande-Bretagne et le Grand Prix de Latines, et par Elsa Wells pour les Championnats Internationaux.

Malheureusement, au cours de ces vingt dernières années, la plupart des orchestres spécialisés en musique Latine-Américaine ont disparu. Une nouvelle génération de danseurs a grandi dont beaucoup n'ont jamais eu le plaisir ni l'expérience de danser directement aux sons d'un vrai orchestre de Latines-Américaines.

Il n'est donc pas surprenant que les danseurs d'aujourd'hui faillissent dans l'aspect le plus important de cette forme de danse : l'interprétation rythmique. Leurs oreilles sont accordées au son de la musique Disco et, en conséquence, leur interprétation des rythmes de Latines se teinte d'actions et de rythmes Disco.

J'ai tenté, depuis nombre d'années, d'attirer l'attention sur cet important aspect de la Danse Latine. J'ai réussi récemment à convaincre la B.D.F. que l'on devait faire appel à un orchestre spécialisé pour le Bal des « Stars » qui s'est tenu il y peu de temps à Grosvenat House.

Il est encore trop tôt pour les comptes-rendus de la presse sur cet événement, mais si l'atmosphère créée pendant le Championnat de Latines et pendant la danse générale entre les qualifications est une mesure de succès de cette tentative, la réponse doit être : tentons la encore et encore et essayons d'amener les autres promoteurs à nous imiter.

L'avenir de la bonne danse latine est en jeu.


Walter Laird

 

 



21/08/2013

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