Danser la Vie

Danser la Vie

● La Show Danse

La Show Danse
par Dominique CRAND
Danse et Patinage n°13 (01-12-1985)


On parle beaucoup ces temps-ci de démonstrations professionnelles, que l'on n'hésite pas à qualifier de "shows". Sait-on qu'en matière de danse par couple le mot "show" désigne une approche de la danse bien particulière, non sans rapports avec la danse sportive, mais qu'il ne convient cependant pas d'y assimiler ? Rassurez-vous, la "show" danse n'a pas encore fait son apparition dans l'hexagone, ce qui ne saurait d'ailleurs tarder. Et je suis bien sûr que c'est avec enthousiasme que vous la découvrirez prochainement à Cergy-Pontoise. Mais qu'est-ce au juste que la "show" danse ?

En marge de la danse sportive, cette spécialité réservée aux professionnels tente une approche moins stricte, moins exclusive des rythmes que celle-ci utilise. Dans le but de réaliser le spectacle le plus complètement possible et en respectant l'image originale de chaque danse (mais n'est-ce pas la seule façon de l'interpréter ?), ce style s'affranchit autant que possible de certaines des contraintes, notamment technique ou de présentation, que s'impose la danse sportive. La "show" danse est en cela l'aboutissement de la danse sportive, son prolongement vers le spectacle et l'authenticité. Qu'on se rassure, il n'est pas dans mes vues de dénigrer la danse sportive (dont j'ai quand même été huit fois champion de France). Je la considère comme un moyen de progression très efficace, mais c'est une technique à tendance sportive, qui ne saurait être assimilée à la finalité d'une réalisation artistique de caractère.

La "show" danse est uniquement affaire de professionnels, parce qu'elle est affaire de spectacle. Allant plus loin dans l'interprétation, elle utilise des moyens tels que portés, effets spéciaux, costumes en prise avec l'action, autant d'éléments très peu utilisés d'ordinaire par les professionnels, plus attentifs apparemment (ou plus connaisseurs) à appliquer les sacro-saints principes "techniques" de la danse de compétition qu'à inclure dans leurs programmes des fantaisies récréatives ou des portés évolués, pourtant éléments de base de toute formation de danseur professionnel. Par ailleurs, il n'existe pas de compétitions de "show" danse, la comparaison entre eux n'étant pas le pôle d'intérêt de ceux qui la pratiquent. Chacun réalise sa prestation comme il le désire et entend que soit respectée son originalité, à l'écart de toute confrontation, ce qui ne serait plus le cas si intervenait un système de compétitions (mais d'ailleurs, sur quels critères ?). Entorse à ce principe, l'engagement prochain à Cergy-Pontoise de quelques-uns des rares couples au monde à se consacrer à la "show" danse, qui, pour la première fois rassemblés, auront pour tâche de présenter "leur" réalisation d'un show de caractère latin. Belle soirée en perspective !

L'utilisation de la musique différencie fondamentalement les deux styles. Alors que la danse sportive ne s'intéresse qu'à la mesure, la réalisation beaucoup plus soignée des chorégraphies de "show" danse tire parti de toutes les composantes de la musique, rythme caractéristique, mais aussi mélodie, accents, sections diverses, sur lesquels la chorégraphie vient se calquer. La danse est alors un tout, une histoire, d'autant que les morceaux de musique que les "show" danseurs utilisent sont déjà en eux-mêmes des shows musicaux. Leur construction très riche captive l'attention du public, qui s'étonne sans cesse de voir s'allier aussi intimement la musique et le geste. C'est sans conteste le point fort de cette spécialité, tout à fait en prise avec notre décennie et son explosion de l'audio-visuel.

Est-il nécessaire de nommer quelques-uns des couples qui s'inspirent de ce style ? On peut citer Paul Harris, Andrew Smart, Dale James qui font exclusivement du show, et qui étaient voici cinq ou six ans le top-niveau ama¬teur en danses latines. D'actuels danseur sportifs du meilleur niveau mondial, comme Parkin ou Sycamore, font un pas vers la « show » danse, quoi qu'ils restent exclusivement compétiteurs de même que l'allemand Fritz, qui, lui, fait composer pour ses démonstrations des musiques originales. D'une façon générale d'ailleurs, le monde de la danse sportive louche périodiquement vers la "show" danse, témoin la bataille qui fait rage dans les instances internationales où a déjà été débattu le principe tendant à faire danser les couples de compétiteurs un par un, ce qui ne ferait d'ailleurs que généraliser un système qui a déjà été tenté, une fois ou l'autre, dans des circonstances particulières. Je ne peux clore ce chapitre sans présenter également John Del Roy, le maître incontesté de la "show" danse, danseur en titre, à la "grande" époque, du fameux orchestre typique d'Edmundo Ros à Londres. Il n'eut de cesse par la suite de perfectionner son approche de la musique et de la danse de caractère. Voici encore trois ans, il dansait ses shows dans le monde entier ; il avait dépassé la soixantaine...

A l'instar des nouvelles disciplines de gymnastique, d'aérobic, etc., la danse sportive se trouve en phase, sinon de changement, du moins d'interrogation quant à la forme même qu'elle revêt. L'avenir nous dira comment elle aura dépassé le malaise, en se transformant en sport à part entière, ou en redevenant le creuset d'une expression populaire, d'une création artistique qu'elle a bien dû être. A ses côtés mais se refusant à réglementer, à "socialiser", ni sophistiquée ni alambiquée, la "show" danse recrée simplement une atmosphère, laisse vivre le danseur et fait vibrer le public.

Plus loin dans le tempérament, plus loin dans le rêve, c'est ce que j'ai aussi, pour ma part, choisi ; c'est ce que vous pourrez découvrir prochainement dans notre pays, pour une grande première mondiale, un soir d'ambiance et d'émotion.




21/08/2013

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