Danser la Vie

Danser la Vie

● Retour aux sources

Retour aux sources
par Marc MARTIN
Danse Sportive Magazine n° 6 (01/07/1984)

 

Depuis toujours on a considéré la rumba comme la danse de l'Amour, la séduction incarnée par le corps .de la Femme. C'est vrai que cette musique est langoureuse. C'est vrai que les déhanchements sont d'une sensualité qu'aucune autre musique n'exprime avec la même intensité.

Vous avez dit Danse de l'Amour ? - On a du mal à le croire quand on regarde des danseurs de top niveau danser la rumba. L'amour conçu à 2 mètres l'un de l'autre... c'est quelque chose de nouveau. Nous sommes loin du slogan bien connu "PTT, le contact". Lorsque le couple se reforme, on peut en conclure que la danseuse va avoir besoin du soutien du danseur pour des "Renversés", pour "Horse and cart", pour des "Lifts", et aussitôt finis les mouvements d'appuis, on reprend ses distances. Que des mouvements d'éloignement et de rapprochements soient dansés avec des jeux de bras : parfait; qu'une formation jazz améliore la prestation des danseurs : c'est l'évidence. Mais ne pas oublier l'essentiel qui est d'être une danse de salon. Il y a un principe auquel il ne devrait pas être dérogé : c'est que la danse de compétition doit être la forme évoluée de la danse de Monsieur-Tout-le-Monde. Vos élèves qui regardent avec des yeux surpris et néanmoins admiratifs ces évolutions compliquées se demandent le rapport qui existe entre votre enseignement et ce qu'il voit.

Autre sujet d'étonnement assez similaire : j'ai assisté dernièrement à une exhibition d'un ex-champion du monde (étranger) de danses standards. Ce très grand champion a d'abord dansé une Valse Anglaise. A part les professionnels présents dans la salle, personne ne s'en est aperçu, tant leur remarquable exhibition était loin des mouvements originaux de cette danse. C'était très beau mais s'adressait à des connaisseurs avisés et passait superbement par dessus la tête des spectateurs. Au point que lorsque le speaker annonce pour la danse qui suit "Valse Anglaise" : dénégation du couple car c'était déjà dansé ; mais pratiquement personne ne s'en était aperçu. Il faut dire que la musique n'était pas très caractérisée, mais bien en rapport avec des variations de "Speed" très diverses.

Ces deux exemples m'amènent à me poser la question : peut-on danser à un haut niveau en gardant une base solide et reconnaissable (je parle surtout pour les latines). La tendance actuelle à la surenchère ne semble pas en prendre le chemin. Mieux vaut quelque chose de simple et de parfait que des mouvements approximatifs et mal venus. Ne forcez pas votre talent : quelqu'un l'a dit bien avant moi. Et toujours retourner aux sources.

II n'est pas utile de vouloir décrocher la lune pour être applaudi. J'ai vu récemment un couple de danseurs acro. Beaux, avec une présentation impeccable, ils ont dansé des passes classiques mais avec une telle perfection que le plaisir de les voir danser était total, absolu.

Je pense aussi à ces ballets Munichois avec des couples de rockers triés sur le volet, dont la maîtrise, la précision de l'ensemble soulèvent l'enthousiasme des spectateurs avec des figures simples mais dont l'exécution est parfaite.

Qu'on ne s'y trompe pas : le public est bon juge. S'il ignore les détails techniques, quand quelque chose de beau lui est offert, il réagit, il palpite, il vibre.

En conclusion, pour certaines exhibitions de danseurs, il serait plus juste de parler de "Show dance" sur une musique de Rumba ou de Valse Anglaise en référence aux deux exemples cités au début de cet article.

Nous sommes à la mode rétro. Très bien, alors retournons aux origines. La beauté vient de l'exactitude du mouvement, du geste, de l'attitude en synchronisme parfait avec la musique et non pas de la démesure, du "déballage" (dans les danses latines surtout).

L'excès en tout est un défaut, en danse plus qu'en tout autre chose.

 

 



21/08/2013

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour