Danser la Vie

Danser la Vie

● Roger et Micheline Ronnaux

Roger et Micheline Ronnaux
Gabriel PASCAROLO
Danse Sportive - Le Journal des Athlètes n°5 (janv-fev 2000) (01/02/2000)

 

Le couple français Champion du Monde de Danse Sportive en 1960

En cette fin de siècle, il était important de plébisciter les champions qui ont laissé une empreinte indélébile en danse par couple dite de "style" ou "Sportive ". Parmi eux, Roger et Micheline Ronnaux étaient parmi les plus grands, sinon les plus grands, puisque outre d'avoir été les premiers champions du Monde "officiels", ils ont été les précurseurs de ce sport en France. En leur temps, personne ne les connaissait en France car ils n'avaient pas les honneurs de la presse et encore moins de la télévision, ils n'avaient pas "d'association" pour les soutenir ; c'est à l'étranger, de Londres à Vienne, qu'ils étaient adulés par le public et les médias, certains se souviennent encore d'eux aujourd'hui. Ce que Roger et Micheline ont apporté à la France, la France ne les en a pas remerciés. Micheline et Roger, avec une très grande gentillesse, ont bien voulu retracer pour les lecteurs du "Journal des Athlètes" leur carrière de danseurs et professeurs de danse moderne.

Cette carrière débuta fort tôt puisque, vers l'âge de quinze ans, le jeune Roger commençait à fréquenter les bals avec des "copains", des "mordus" de la danse. Et mordus, ils l'étaient en effet car, lorsque les fonds étaient en baisse, ils préféraient supprimer le restaurant et garder l'argent pour payer l'entrée du bal. Ils essayaient de plagier les bons danseurs de l'époque, et comme il y avait alors de nombreux concours de danse, l'émulation, génératrice de progrès s'en trouvait favorisée.

A seize ans, Roger commença à disputer lui aussi quelques concours et se trouva en compétition avec de grands précurseurs : Chapoul, Lanotte, Ménétrier, Pierre Ledoigt et bien d'autres. II était fervent admirateur de César Léone, Catalan et autres maîtres de l'époque.

A dix-sept ans, il gagne la finale du Championnat de Paris, à la Salle Wagram. Les éliminatoires de ce Championnat avaient eu lieu par arrondissement et les finalistes étaient nombreux. Roger avait mis des guêtres blanches et dit encore aujourd'hui que c'est peut-être à ce détail qu'il doit d'avoir gagné, ces guêtres ne pouvant manquer de produire de l'effet puisqu'on regardait avant tout, les pieds des danseurs. En réalité, les guêtres n'étaient pour rien dans la décision des juges, qui ne s'étaient pas trompés en couronnant le meilleur.

C'était en 1926-1927, époque qui marqua le début de la venue en France de couples étrangers de renom tels que Blund, Maxwell Stewart et Sydney Stern. On essayait - déjà - de copier ces Anglais, mais - déjà aussi - on était loin du compte, les professeurs compétents étant fort rares en France, de telle sorte que l'on était souvent obligé de travailler par soi-même.

Un de ces professeurs, D. Charles, qui aimait passionnément la danse de style et qui, un des premiers, essaya de prendre modèle sur les Anglais pour lui donner une base technique solide, remarqua le jeune champion et l'engagea. D. Charles connaissait son métier et avait du flair!

C'est ainsi qu'à dix-huit ans Roger Ronnaux commença sa carrière de professeur de danse, d'abord à l'Académie Charles, et par la suite dans d'autres écoles. En 1935, il gagnait le titre dans la catégorie "Professionnels" au Championnat de France de Danse moderne. A cette époque les concurrents étaient divisés en trois catégories : Amateurs, Professionnels et Professeurs. Le titre en catégorie "Professeurs" fut gagné par Salvador, danseur au Casino de Paris et spécialiste des exhibitions.

Les danseurs français commençaient à faire quelques déplacements dans d'autres pays, mais c'était pour constater presque constamment que les étrangers étaient plus forts qu'eux.

En 1960 sont organisés à Berlin les premiers véritables Championnats du Monde d'après guerre où des Nations autres qu'Européennes sont représentées. C'est alors qu'ils remportent ce premier titre suprême de "Champions du Monde de danses latines Américaines" et cette même année ils sont également vice-champions du Monde en combiné latines et standards derrière Bill Irvine.

En 1961, ils ne purent défendre leur titre, car les Championnats du Monde se déroulant en Australie, personne, ni les organismes français ni Air France ne les aidèrent à financer le voyage.

On ne pouvait clore cette extraordinaire rétrospective sans vous offrir quelques extraits de notre entretien avec Micheline et Roger Ronnaux ainsi que leur voeux pour l'avenir de la Danse Sportive Française.

"A l'étranger, nous n'avions aucune vicissitude, nous étions reçus comme des rois, on nous arrêtait dans la rue car nous passions régulièrement à la télévision, nous avions une valise qui restait remplie pour repartir, on nous avait même déplacé à Hambourg pour faire une simple rumba, nous avions dansé dans le bal de la presse devant le Président de la République Allemande..."

" Quand on revenait en France, nous étions d'illustres inconnus, à tel point qu'une personnalité allemande qui avait demandé à son arrivée en France les "Ronnaux" on lui avait indiqué les usines Renault, alors que chez eux, en Allemagne, nous étions aussi importants, sinon plus, que les voitures françaises..."

"...nous passions 2 mois par an en Angleterre, nous allions faire des congrès de danses latines au Danemark, en Hollande, nous avions également des professeurs étrangers qui venaient dans notre école prendre des cours, dont les réputés Georges et Doris Lavelle et les cham¬pions d'Allemagne P. Krebs...»

"... si nous avions accepté de nous installer à l'étranger, nous aurions gagné énormément d'argent et beaucoup de notoriété, mais nous étions trop attachés à notre pays..."

Les voeux de Micheline et Roger :

"Malgré notre pessimisme, nous souhaitons qu'il y ait beaucoup plus de grandes compétitions en France, qu'elles soient médiatisées par les journaux et la télévision afin que la Danse Sportive soit, pour le grand public, autre chose que de la danse rétro et mondaine. Nous souhaitons également que les dirigeants français s'entendent, qu'un grand regroupement apparaisse avec pour devise: l'union fait la force.
Bonne chance à tous !!



Merci Micheline et Roger, Merci pour votre gentillesse, merci pour votre talent et merci encore pour tout ce que vous avez apporté à la danse.

 

 



21/08/2013

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